Le Monde interview on the french edition of the Modest Proposal 4.0

Le Monde kindly interviewed me on the french translation of the Modest Proposal 4.0. The text of the interview (which lies, mostly, behind Le Monde’s paywall here) follows. Read on…

«La crise de la zone euro peut être résolue sans modifier les traités européens»

LE MONDE | 15.01.2014 à 11h39 • Mis à jour le 15.01.2014 à 14h16 |Propos recueillis par Adrien de Tricornot

Ex-conseiller du premier ministre grec Georges Papandréou (2009-2011), l’économiste Yanis Varoufakis est le coauteur d’une proposition de résolution de la crise de la zone euro qu’il qualifie de « modeste », car elle ne nécessite pas de changements institutionnels.

Préfacée dans sa version française par l’ancien premier ministre Michel Rocard, elle a été conçue avec son confrère britannique Stuart Holland et perfectionnée avec l’Américain James K. Galbraith de la Lyndon B. Johnson School d’administration publique à l’université du Texas, où M. Varoufakis enseigne depuis 2012.

Le programme de doctorat en économie qu’il avait créé en 2000 à l’université d’Athènes a été privé de crédits à partir de 2010, en raison des mesures d’austérité. Connu pour ses positions franches, notamment sur la corruption des institutions financières et de certaines élites, M. Varoufakis, devenu un économiste qui compte dans le débat public, a démissionné de ses fonctions de conseiller cette même année. Et a quitté la Grèce pour les Etats-Unis, safamille ayant reçu des menaces « extrêmement précises et graves ».

Yanis Varoufakis, quand avez-vous commencé à réfléchir à une meilleure construction économiquede la zone euro ?

L’idée a commencé à faire son chemin au moment de la création de la zone euro. Ce projet aurait en effet dû prévoir le financement commun d’un programme d’investissement à grande échelle, essentiel pour l’unification économique de la zone monétaire.

Mon coauteur Stuart Holland, ancien député membre du Parti travailliste britannique et conseiller de Jacques Delors à la Commission européenne, a plaidé dans les années 1990 pour cette idée. Moi également quand je conseillais Georges Papandréou, alors ministre des affaires étrangères.

Nous jugions décisif de financer par un outil financier commun des travaux d’infrastructures permettant un rattrapage des pays les moins développés, et un rapprochement économique des futurs pays membres. Nous avons continué à défendre cette proposition dans les années qui ont suivi la création de l’euro. Il était assez naturel que nous y revenions à partir de 2008, lorsque la crise a éclaté, et en 2010, lorsque la zone euro a été menacée d’implosion.

Quelles décisions recommandez-vous dans votre livre, maintenant que la crise est avérée ?

Nous montrons qu’il est possible de résoudre les problèmes de la zone euro sans modifier les traités existants. Nous proposons en effet que la Banque centrale européenne (BCE) serve d’intermédiaire financier aux Etats, en émettant ses propres obligations pour leur compte – ce qu’elle a le droit defaire –, à hauteur d’un endettement de 60 % du produit intérieur brut de chaque pays, le seuil fixé par le traité de Maastricht . Cela permettrait dediminuer fortement les taux d’intérêt des pays en crise.

Par ailleurs, la BCE pourrait agir de concert avec la Banque européenne d’investissement (BEI) pour mettre en place un grand programme d’investissement. En Europe, une montagne d’argent n’est pas investie par peur. La BEI a un plan de TGV qui relie la Grèce, l’Europe centrale, Munich, l’Italie, le réseau SNCF, etc. C’est un très bon projet de développement. Mais la BEI ne peut agir qu’avec le concours des Etats, puisqu’elle ne peutfinancer un projet qu’à hauteur de 50 % maximum.

Or la Slovénie, la Croatie ou la Grèce n’ont pas les moyens d’investir dans ce projet – qui serait pourtant remboursé par ses recettes futures – et les autres pays ont aussi des contraintes budgétaires. La BCE devrait prendre le relais et émettre ses propres obligations pour cofinancer des infrastructures avec la BEI.

De plus, il faut découpler la dette des Etats du risque bancaire, en permettant au Mécanisme européen de stabilité de recapitaliser directement les banques qui le nécessitent, sans passer par un prêt aux Etats, comme cela a été le cas pour l’Espagne.

Enfin, des mesures sociales d’urgence – coupons d’alimentation, aidesanitaire… – doivent être apportées à tous les citoyens pauvres. Elles pourraient être financées par des prélèvements sur les profits du système de paiement européen (Target2) et financier.

Votre plan peut-il être accepté politiquement ?

Notre proposition est compatible avec les traités déjà ratifiés, sans attendreune intégration politique. De plus, l’Allemagne paierait beaucoup moins avec notre schéma qu’en poursuivant le processus actuel.

Si Berlin n’en voulait pas, ce serait parce qu’elle voudrait garder l’énormepouvoir de négociation dont elle bénéficie aujourd’hui. C’est le seul pays qui peut quitter la zone euro : sa sortie provoquerait un afflux de capitaux (à son avantage) en provenance de tous les autres pays de la zone euro et un effondrement financier qui gagnerait la France.

Le nouveau deutsche mark s’apprécierait fortement, ce qui desservirait les exportations allemandes, mais Berlin aurait les moyens de limiter cet effet en intervenant sur le marché, comme le fait la Banque nationale de Suisse.

A l’inverse, avec notre proposition, l’Allemagne paierait beaucoup moins. Mais, en revanche, elle ne pourrait plus sortir de l’euro, puisque la BCE aurait émis ses obligations, que la recapitalisation des banques serait réalisée par le Mécanisme européen de stabilité, etc. Elle perdrait donc son pouvoirénorme de négociation face à la France et aux pays en difficulté.

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